Still Recording - Affiche

Main award/Prix du public et Prix Fipresci - Semaine de la Critique, Venise 2018

Still Recording

Un film de Saeed Al Batal et Ghiath Ayoub

2018 | documentaire | 128 mn | 1.85 | 5.1
couleur | VO Arabe sous-titrée Français | Visa n°149.989 Tout public avec avertissement
Sortie salles : 27 mars 2019

En 2011, Saeed la vingtaine, étudiant ingénieur, quitte Damas pour Douma (Ghouta orientale) et participer à la révolution syrienne. Il sera rejoint plus tard par son ami Milad, peintre et sculpteur, alors étudiant aux beaux-arts de Damas.
Dans Douma libérée par les rebelles, l’enthousiasme révolutionnaire gagne la jeunesse, puis c’est la guerre et le siège.
Pendant plus de quatre ans, Saeed et Milad filment un quotidien rythmé par les bombardements, les enfants qui poussent dans les ruines qu’on graffe, les rires, un sniper qui pense à sa maman, la musique, la mort, la folie, la jeunesse, la débrouille, la vie.
Radiographie d’un territoire insoumis, un regard d’une densité exceptionnelle dans un mouvement de cinéma et d’humanité saisissant.

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Bio des réalisateurs

SAEED AL BATAL
Né à Tartous en Syrie en 1988, Saeed Al Batal est journaliste, photographe et cinéaste. Il anime de nombreux stages de photographie et de reportage. Reporter radio sur le conflit syrien pour des agences et institutions à travers le monde, Il est l’un des fondateurs de la galerie en ligne Sam Lenses et du projet Humans of Syria. Il a travaillé comme journaliste pour des radios telles que NPR et Denmark Radio (DR). Auteur des plusieurs publications sur la politique de Syrie et sur le cinéma, il est également réalisateur de courts métrages et des clips vidéo.

GHIAT AYOUB
Né à Yabrod en Syrie en 1989, étudiant à la faculté des Beaux-Arts de Damas (2013), cinéaste, graphiste, vidéaste, monteur son, scénographe au théâtre. Il a enseigné l’éducation à l’image et l’art-thérapie aux enfants réfugiés dans les ONGs du Liban. Fondateur de AlMashghal 51, un atelier ouvert pour les artistes à Beyrouth. Il a participe à Humans of Syria, en tant que graphiste et en réalisant des court métrages, présentés en ligne et dans lieux d’expositions à travers le monde.

notes des réalisateurs

Saeed Al Batal
En 2006, j’ai rejoint la faculté d’ingénieurs de Damas. J’ai décidé de m’installer à Douma, à 20 kilomètres de la capitale. J’y suis resté jusqu’à la Révolution en 2011 et puis la guerre qui s’en suivit. Il y a eu l’euphorie des débuts avec la libération et l’autogestion de la ville par les rebelles. C’est alors que j’ai invité mon ami Milad, peintre et sculpteur, à venir s’installer à Douma pour voir une révolution en devenir. Milad était étudiant aux beaux-arts de Damas avec Ghiath, coréalisateur de ce film. Nous sommes tous devenus très proches.
Lorsque je me suis impliqué dans la révolution comme photographe et cameraman, je me posais constamment les mêmes questions : pour qui est-ce que je filme ? Quel est le public de mes images ? Quel est l’usage de l’art dans cette réalité violente ? Quelle est son utilité par rapport aux gens plus simples et modestes qui m’entourent, qui font la révolution et qui sont dans la guerre, face à la mort ?
En 2013, lorsque nous étions assiégés, la dureté de la situation a dépouillé tout le monde de tout. Même des questions. Après 6 mois à Douma, Milad initie le projet de graffitis Al-Sahraoù il entreprend de faire des fresques murales monumentales sur les façades de la ville détruite, dédiées à ses habitants.
Ce film est une observation de ce qui s’est passé pour nous, pour toute ma génération, celle qui a cru à la Révolution. Une réflexion avec un oeil tranquille, afin d’essayer d’apprendre les leçons perdues ou oubliées, de rendre hommage ou bien encore, faire quelques excuses.
Pour moi le film porte avant tout un désir de compréhension. C’est à la fois une tentative de comprendre les contradictions en jeu dans la situation exceptionnelle de la guerre, et également une recherche de définition du mot artiste, et sa position dans la société : qu’est-ce l’art dans la révolution, dans la guerre, dans la mort ?

Ghiath Ayoub
Milad est un de mes plus vieux et proches amis. Nous avons étudié ensemble à la faculté des Beaux-Arts à Damas. Quant à Saeed, je l’ai rencontré en 2013. Il était installé à Douma avant la révolution et portait sa caméra tout le temps avec lui. Il y avait quelque chose d’attirant chez lui : son énergie contagieuse et son optimisme lorsqu’il parlait de Douma, des détails de la vie là-bas et de sa vie parmi les rebelles et les combattants. Sans oublier les situations comiques qu’ils vivaient malgré la présence permanence de la mort.
Aujourd’hui, nous sommes tous les trois ici à Beyrouth. Ce film est un voyage retour à Douma et à la révolution. Une exploration a posteriori de ce qui s’est passé. Les réussites, les défaites, les espoirs – mais cette fois, à travers le regard de Saeed et de Milad. C’est une quête et un questionnement sur des sujets qui nous habitent : l’idée d’appartenance, la mort et le caractère déterminant de certains choix de vie. Un défi auquel notre génération a dû se confronter avec violence durant ces évènements historiques.
Au départ, mon désir d’entrer dans l’aventure de réaliser ce film avec Saeed, c’était Milad. Milad était « un autre moi possible ». Je voulais voir si nous partagions les mêmes valeurs, sans avoir vécu la guerre de la même manière.
Aujourd’hui, après avoir plongé dans cette matière, avoir vu tous les rushes et avoir vécu la traversée turbulente du montage, je me retrouve devant une grande  responsabilité morale face à une génération, la nôtre.
C’est comme si je voulais compenser mon absence dans les combats et essayer à travers leurs histoires de réaliser un film qui touchera le plus grand nombre possible. Je ne veux pas que cette histoire tombe dans l’oubli.
Le fait de les avoir devancés à Beyrouth me donne une certaine distance, me permettant un regard plus critique et libre par rapport à ce que je vois dans les images que Saeed et Milad ont tournées. Une manière de continuer leur travail de documentation et de prendre position avec eux.
Faire en sorte d’aller au-delà du témoignage personnel, vers un film documentaire et historique, qui remette en question les clichés diffusés par les médias – sur nous, sur les combattants, et sur ce qui se passe en Syrie.
Enfin reviennent à la mémoire ces mots que Milad :
« Je vois mes amis devant moi qui se rendent, qui sont défaits, qui perdent, qui partent et qui fuient. Parfois je suis surpris par un désir profond de faire comme eux, de m’abandonner à l’idée qu’un grand complot contre lequel je ne peux rien se joue, d’écraser ma volonté de changement et me convaincre que mes actes n’ont aucun impact sur le monde, car il y a en face une force qui contrôle le cours de ma vie et de l’histoire. Ma seule ambition serait alors une réussite personnelle. Mais je crois profondément que la mort est plus clémente que de se plier et de vivre opprimé dans une vie sans rêves ».
Je suis persuadé que ce film est le début de ma lutte à moi, pour finaliser ce rêve.